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C'est pas mal de rêver de temps en temps!

C’est une nouvelle parue au début de l’été à côté de laquelle j’étais passée mais un sympathique internaute m’a fait une aimable tape sur l’épaule et je l’en remercie. Appréciez donc : une équipe de scientifiques allemands a comptabilisé le nombre de torgnoles, gnons, boure-pifs, mandales, raclées, taloches, châtaignes, marrons, gifles, peignées, baffes, beignes, pains, soufflets, pichenettes (si, si) et autres vulgaires coups de poing (claqus vulgus) qu’Astérix, Obélix et compagnie ont joyeusement asséné sous l’emprise le plus souvent d’une drogue druidique aux pôvres Romains un peu fous (forcément, à force). Ils ont ainsi constaté 704 blessés dans 34 albums. Mieux, elle a évalué les bleus, décollements, bosses, tassements, grimaces, contusions, luxations, ecchymoses et autres petits bobos et en a retiré un constat sans appel, ci-devant publié dans une étude bien sérieuse et néanmoins officielle : il y a inadéquation entre le coup porté et la blessure constatée. Corollaires : cela n’est pas très réaliste (on s’en serait douté) ; et cela donne une appréciation erronée aux lecteurs impressionnables, généralement pas très avancés en âge, qui pourraient croire que balancer un menhir sur un camarade d’école ne lui provoquera qu’un vague mal de tête. Ah, oui, quand même.

Ainsi, la lecture de BD contenant de la violence, même caricaturale et parodique, serait un facteur de risques et doit être pratiquée avec précaution. On peut rire, pleurer, hausser les épaules, être consterné, s’inquiéter de cette étude et aussi en prendre connaissance parce qu’autant d’invraisemblances a de quoi laisser rêveur même le plus terre-à-terre des hauts fonctionnaires. Cette information (car c’en est une !) résonne avec un formidable recueil de critiques de BD qui a beaucoup amusé cette semaine mes petits camarades amoureux de la bulle (dont Yannick Lejeune à qui je dois le lien) : le site Salve Regina Nuxit d’obédience catholique très traditionnel passe en revue quelques œuvres anciennes et modernes classées en fonction de leur haute valeur chrétienne et morale. Si ce n’était que ça, encore, pourrait-on dire… Mais les commentaires valent le détour pour leur conservatisme et leur nationalisme bon teint qui fleure bon la Jeanne D’Arc du 1er mai et la nostalgie des valeurs chevaleresques du Royaume de France. J’attire surtout votre attention sur les séries en bas de page vouées à l’Enfer (des bibliothèques mais l’autre, aussi) et j’exprime le regret de ne point y voir inscrits les bonnes oeuvres de Manara, de Serpieri ou de Servais. Le pire c’est que ce type de rejet tranché provoque bien souvent (comme chez moi dans mon enfance) un ardent désir de découvrir les livres défendus. Si vous voulez proposer vos propres critiques outrancières, les commentaires sont ouverts !

Sébastien Naeco

(illustration : Et de deux !)

Les bourre-pifs d’Astérix passés au scanner ?
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